Le médicament MITM français est-il l’ancêtre du médicament critique dans sa définition européenne ?”
Les ruptures de stock de médicaments ne sont plus un sujet conjoncturel. En France, elles constituent désormais un enjeu prioritaire de santé publique, suivi de près par les autorités et encadré par un dispositif réglementaire de plus en plus exigeant.
Pour les laboratoires, et en particulier pour les exploitants, il ne s’agit plus seulement de gérer des difficultés d’approvisionnement, mais de démontrer une capacité d’anticipation, de réaction et de justification des décisions prises.
Ce sujet est aujourd’hui l’un des plus exposés aux sanctions financières prononcées par l’ANSM. Et ce mouvement ne semble pas près de s’inverser, au contraire : le cadre européen en cours de refonte avec le pharma package s’inspire clairement de dispositifs déjà en place en France.
Les ruptures de stock : une priorité assumée des autorités françaises
En France, la prévention et la gestion des ruptures de stock sont devenues un axe central de la politique du médicament.
Les dispositifs se sont renforcés progressivement : identification des médicaments d’intérêt thérapeutique majeur (MITM), constitution de stocks de sécurité, mise en place de plans de gestion des pénuries (PGP), obligations de déclaration anticipée des risques de rupture et des ruptures avérées.
Ce cadre ne repose pas uniquement sur des principes généraux. Il s’accompagne :
- de campagnes d’inspection ciblées,
- d’un suivi opérationnel étroit par l’ANSM,
- et d’un recours accru aux sanctions financières en cas de manquement.
Dans les faits, les autorités attendent des exploitants qu’ils soient capables d’anticiper les risques de rupture, de mettre en œuvre rapidement des mesures adaptées et d’assurer une gestion effective des tensions d’approvisionnement.
Le MITM : une définition française aux obligations structurantes
La qualification de médicament d’intérêt thérapeutique majeur (MITM) s’applique aux spécialités dont l’interruption de traitement est susceptible de compromettre le pronostic vital des patients ou d’entraîner une perte de chance significative. En France, cette qualification ne relève pas d’un simple classement : elle s’accompagne d’un dispositif d’obligations renforcées, directement porté par l’exploitant.
C’est à lui qu’il revient de :
- déterminer si une spécialité relève du statut MITM et de déclarer les spécialités MITM auprès de l’ANSM ;
- de constituer et maintenir le stocks de sécurité réglementaire, avec des règles de calcul et des possibilités de dérogation strictement encadrées ;
- élaborer, mettre à jour et mettre en œuvre un plan de gestion des pénuries (PGP) ;
- déclarer sans délai tout risque de rupture ou rupture avérée via les plateformes dédiées à l’ANSM.
Ces obligations font peser sur l’exploitant une responsabilité directe : il lui appartient d’évaluer les risques, d’anticiper les tensions et d’engager les mesures nécessaires avant que la rupture ne devienne effective.
Anticiper, déclarer tôt…
Sur le terrain, les difficultés rencontrées par les exploitants ne tiennent pas uniquement à la complexité des chaînes d’approvisionnement. Elles résident souvent dans des réflexes encore insuffisamment adaptés :
- sous‑estimation d’un signal faible en amont ;
- hésitation à déclarer un risque jugé « encore théorique » ;
- documentation incomplète des arbitrages internes, notamment sur les niveaux de stock ou les priorisations de marché.
Or, l’expérience des inspections montre que les autorités attendent avant tout une démarche structurée et traçable. Déclarer tôt un risque de rupture, même incertain, permet d’engager un dialogue avec l’ANSM et de sécuriser juridiquement la position de l’exploitant. À l’inverse, une déclaration tardive ou une absence de justification formalisée expose directement l’entreprise à des sanctions.
La gestion des pénuries devient ainsi un exercice d’équilibre : anticiper sans sur‑déclarer, décider sans figer, et être en capacité d’expliquer et de justifier les choix effectués.
MITM en France et médicaments critiques en Europe : une logique convergente
Au niveau européen, la Commission et l’EMA ont introduit la notion de médicament critique, définie comme un médicament essentiel à la continuité des soins, dont l’indisponibilité entraînerait un préjudice grave pour les patients. Une liste européenne est désormais établie et mise à jour en lien avec les États membres.
Si le cadre européen reste, à ce stade, moins contraignant que le dispositif français, les évolutions en cours sont significatives :
- renforcement des obligations de notification des ruptures et risques de rupture ;
- mise en place de plateformes européennes de surveillance ;
- réflexion sur des plans de prévention des pénuries pour les médicaments critiques ;
- travaux du « paquet pharma » visant à harmoniser les exigences nationales.
Plusieurs éléments du futur cadre européen semblent clairement s’inspirer de l’expérience française, notamment sur la logique d’anticipation, la priorisation de certaines spécialités et la responsabilisation accrue des exploitants.
Pour les exploitants présents sur plusieurs marchés, cette convergence progressive pose des questions très concrètes :
- comment aligner les démarches nationales et européennes ?
- comment articuler PGP français et futurs plans européens ?
- comment structurer une gouvernance interne capable de répondre à des exigences multiples, parfois évolutives ?
Là où Atessia peut accompagner
Atessia accompagne les exploitants sur ces sujets de manière pragmatique et structurée, notamment sur :
- la clarification du périmètre MITM et son articulation avec les futurs médicaments critiques européens,
- la revue et la sécurisation des stocks de sécurité,
- l’anticipation et la gestion des risques de rupture,
- la structuration et la mise à jour des PGP,
- la documentation des arbitrages et décisions clés, dans une logique défendable face aux autorités.
Il ne s’agit pas d’appliquer une réponse standard, mais d’aider les équipes à prendre des décisions éclairées, cohérentes et explicables, dans un cadre réglementaire mouvant.
Conclusion
Les ruptures de stock ne sont plus un simple aléa de la chaîne d’approvisionnement.
Elles constituent un enjeu stratégique majeur pour les exploitants, au cœur des priorités des autorités françaises, et désormais au centre de la réforme européenne du médicament. Atessia est là pour accompagner ses clients afin d’assurer leur conformité réglementaire et sécuriser durablement la gestion des pénuries.
Article rédigé par Raphaël DAUVERGNE, Consultant sénior Affaires Réglementaires & Pharmaceutiques











