Produits de santé

La veille réglementaire dans l’industrie pharmaceutique : un enjeu stratégique pour anticiper plutôt que subir

Dans l’industrie pharmaceutique, la réglementation évolue en permanence. Nouveaux textes, mises à jour des référentiels, positions des autorités, évolutions des exigences qualité, pharmacovigilance, information promotionnelle ou encore sérialisation : le volume d’informations à suivre est considérable.

Pour les laboratoires pharmaceutiques, la veille réglementaire ne consiste plus simplement à surveiller la publication de nouveaux textes. Elle est devenue un levier essentiel pour comprendre les impacts potentiels sur leurs activités, anticiper les changements à venir et sécuriser leurs décisions. Pourtant, face à la quantité importante d’informations disponibles, identifier ce qui est réellement pertinent pour son organisation reste un exercice complexe.

Une réglementation en constante évolution

L’environnement réglementaire des produits de santé est particulièrement mouvant. Les exigences européennes et nationales évoluent régulièrement, tandis que les autorités publient fréquemment de nouvelles recommandations, lignes directrices ou documents d’interprétation.

Cette dynamique concerne l’ensemble des acteurs de la chaîne du médicament et des produits de santé. Selon leur statut et leur périmètre d’activité, les laboratoires peuvent être concernés par des obligations très différentes :

  • Titulaires d’Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) ;
  • Exploitants ;
  • Fabricants ;
  • Distributeurs ;
  • Importateurs ou acteurs intervenant dans la chaîne d’approvisionnement.

Chaque évolution réglementaire peut ainsi avoir des conséquences variables d’une organisation à l’autre. Une même publication peut représenter une simple information pour certains acteurs et nécessiter une adaptation importante des processus pour d’autres.

La difficulté n’est donc pas uniquement d’avoir connaissance de l’information, mais de comprendre rapidement si elle est applicable et quels peuvent être ses impacts.

Des obligations différentes selon les rôles de l’entreprise

La réglementation pharmaceutique repose sur une répartition précise des responsabilités. Or, les laboratoires cumulent souvent plusieurs statuts, ce qui complexifie encore davantage l’analyse réglementaire.

L’exploitant doit notamment s’assurer du respect d’un ensemble d’obligations liées à la commercialisation et à la surveillance du médicament.

Le titulaire d’AMM doit suivre les évolutions susceptibles d’impacter directement son dossier d’enregistrement, ses engagements réglementaires ou ses stratégies de maintien sur le marché.

Le distributeur doit rester attentif aux exigences relatives aux bonnes pratiques de distribution, à la traçabilité des produits ou encore à la gestion des flux logistiques.

Le fabricant est quant à lui concerné par l’évolution des exigences de qualité, des référentiels de fabrication et des attentes des autorités lors des inspections.

Dans ce contexte, une question revient régulièrement : une évolution réglementaire concerne-t-elle réellement mon activité, ou seulement une partie de mes responsabilités ?

Les textes apportent parfois une réponse directe. Dans d’autres situations, une analyse plus approfondie est nécessaire pour déterminer le niveau d’impact réel.

Entre multiplication des informations et difficulté d’interprétation

Aujourd’hui, la quantité d’informations réglementaires accessibles est de plus en plus importante.

Publications des autorités nationales et européennes, associations professionnelles, bases documentaires, consultations publiques, nouvelles lignes directrices, questions-réponses réglementaires : les sources se multiplient.

Cette abondance crée paradoxalement une difficulté supplémentaire. Toutes les informations n’ont pas la même portée ni le même caractère prioritaire.

Les laboratoires sont ainsi confrontés à plusieurs enjeux :

  • Identifier les informations réellement pertinentes ;
  • Évaluer leur impact opérationnel ;
  • Déterminer les échéances applicables ;
  • Mobiliser les bonnes parties prenantes ;
  • Assurer la traçabilité des analyses réalisées.

Une veille efficace ne se limite donc pas à collecter des informations. Elle suppose également de les contextualiser et de les transformer en éléments d’aide à la décision.

Les questions que se posent concrètement les laboratoires

Face à cette complexité, les équipes réglementaires, qualité, pharmaceutiques ou opérationnelles sont souvent confrontées à des interrogations récurrentes :

  • Cette nouvelle exigence s’applique-t-elle à mon activité ?
  • Quels produits ou quelles entités de l’entreprise sont concernés ?
  • Quels processus doivent être revus ?
  • Quel niveau de priorité faut-il accorder à cette évolution ?
  • Existe-t-il des périodes transitoires ?
  • Quels risques sont associés à une mise en conformité tardive ?
  • Comment documenter et justifier les choix effectués ?

La vraie difficulté n’est pas seulement d’être informé, mais souvent de comprendre comment analyser, prioriser et justifier les décisions prises.

C’est précisément dans ces zones grises que la veille réglementaire prend toute sa valeur.

Là où Atessia peut accompagner les laboratoires

Face à la complexité croissante de l’environnement réglementaire, disposer d’une information brute n’est plus suffisant. Les entreprises ont besoin d’une lecture adaptée à leur activité et à leurs responsabilités.

Avec son service Atessia Intelligence, Atessia aide les laboratoires à transformer l’information réglementaire en connaissance exploitable.

L’objectif n’est pas uniquement de signaler les évolutions réglementaires, mais aussi de leur permettre de :

  • Identifier les sujets réellement pertinents pour leur périmètre ;
  • Comprendre les impacts potentiels sur leurs activités ;
  • Anticiper les changements à venir ;
  • Prioriser les actions à engager ;
  • Faciliter le partage de l’information au sein des équipes.

Chaque organisation possède ses spécificités, ses produits, ses marchés et son modèle opérationnel. Une veille pertinente doit donc être adaptée au contexte du laboratoire et non se limiter à une diffusion standardisée d’informations.

Atessia accompagne ainsi les acteurs du médicament et plus largement des produits de santé dans l’analyse et la compréhension d’un environnement réglementaire de plus en plus dense, afin de les aider à prendre des décisions éclairées et sécurisées.

La veille réglementaire est aujourd’hui bien plus qu’une activité de surveillance documentaire. Elle constitue un outil stratégique permettant aux laboratoires pharmaceutiques de suivre les évolutions de leur environnement, d’anticiper les impacts potentiels sur leurs activités et de mieux maîtriser leurs obligations.

Dans un contexte où les exigences réglementaires se multiplient et où les responsabilités varient selon les statuts des acteurs, comprendre les enjeux devient aussi important que l’information elle-même.

L’enjeu n’est plus seulement de rester informé, mais de disposer de la bonne information, au bon moment, avec le niveau d’analyse nécessaire pour éclairer les décisions de l’entreprise. Atessia Intelligence s’inscrit précisément dans cette logique : aider les laboratoires à réaliser leur analyse d’impact de la veille dans un environnement réglementaire complexe et en constante évolution.

Pour découvrir l’ensemble des expertises d’Atessia et nos accompagnements dédiés aux acteurs de la santé, rendez-vous sur notre site internet : Atessia

Article rédigé par Hélène COCAULT, Consultante Affaires Réglementaires et Pharmaceutiques

L’encadrement des avantages anciennement dite loi anti-cadeau, à la sauce française

La France est réputée pour ses dispositions réglementaires strictes lorsque l’on touche aux médicaments. L’exception ne sera pas faite quant à l’encadrement des relations entre les industries et les professionnels de santé désormais connu sous le nom de LEA.

Qui est donc cette LEA ?

Avant, nous disions « Loi anti-corruption », « DMOS », « loi anti-cadeaux »… Ces termes ne sont plus utilisés et à juste titre. Ce dispositif, qui fêtera bientôt son 30ème anniversaire (nous prenons un coup de vieux) vient de faire peau neuve[1] et nous parlons désormais du « Dispositif d’encadrement des avantages » ou encore « Loi d’encadrement des avantages » (la fameuse LEA) car il s’agit bien d’un ensemble de textes et d’un véritable arsenal mis en place le 1er octobre 2020 afin que l’Etat puisse mieux contrôler les relations entre les industries de santé notamment, et les professionnels de santé au sens large du terme. Rappelons qu’il est à considérer de manière bien distincte du dispositif de transparence des liens qui poursuit des objectifs de publicité des avantages procurés et conventions passées pour informer le grand public et éviter tout conflit d’intérêt.

Nous venons de le dire, ce dispositif n’est pas récent. Il est vrai qu’au fil des années, il s’est vu considérablement renforcer puisqu’il concerne aujourd’hui l’ensemble des produits de santé, remboursables ou non et son champ d’application s’est étendu progressivement aux professionnels de santé, à ses étudiants et à leurs associations. Mais, in fine, son principe fondamental est resté le même : nous sommes face à un véritable dispositif « anti-corruption » applicable aux relations entre les entreprises qui commercialisent des produits de santé, comme les médicaments ou les dispositifs médicaux, ou assurent des prestations de santé, et les professionnels de santé (PDS) (les médecins mais également tous les autres professionnels de santé ainsi que les ostéopathes, chiropracteurs et psychothérapeutes). Il s’agit de s’assurer que les PDS ne soient guidés que par des considérations d’ordre médical dans le choix qu’ils font d’un produit ou d’une prestation santé et de prévenir les situations de conflits d’intérêt.

Plus concrètement, le principe général est le suivant :

  • Interdiction pour les entreprises assurant des prestations de santé, produisant ou commercialisant des produits de santé de consentir des avantages directs ou indirects, en nature ou en espèces ; et
  • Interdiction pour les PS, Associations de PS et les fonctionnaires/Agents Publics visés par le dispositif de recevoir de tels avantages.

A noter que ces interdictions sont sanctionnées pénalement et qu’il existe une co-responsabilité entre les entreprises qui consentent des avantages indus et les bénéficiaires de ces avantages.

Mais complexifions un peu… La LEA prévoit des dérogations à ce principe d’interdiction et soumet l’ensemble des interactions autorisées (rémunération, prise en charge d’hospitalité dans le cadre de manifestations professionnelles, scientifiques ou promotionnelles, participation à des activités de recherches, prestations de services, parrainages, dons) à un contrôle préalable par les instances compétentes que sont les Ordres des professions médicales lorsqu’il en existe ou les ARS. Toutefois, une condition pour la mise en œuvre de ces dérogations est l’établissement d’une convention qui sera alors soumise auprès des instances compétentes. Ces dérogations sont à ne pas confondre avec les éléments exclus de la définition d’un avantage interdit, tels que les avantages en espèces ou en nature qui ont trait à l’exercice de la profession du bénéficiaire et d’une valeur négligeable (ex : repas impromptus, échantillons, ouvrages). Rappelons qu’au-delà de 10 euros, tout avantage doit par ailleurs être déclaré sur https://www.transparence.sante.gouv.fr/ au titre de la transparence des liens.

Deux régimes de soumission sont possibles : soumission pour déclaration OU pour autorisation.

Pour nous guider dans le choix du régime de soumission applicable, des valeurs seuils ont été publiées par voie d’arrêté. Ces valeurs sont alors définies pour chaque typologie d’avantage prévu. Reste maintenant à définir la catégorie dans laquelle votre avantage entre…

Si les avantages consentis sont inférieurs aux seuils, une déclaration doit être faite 8 jours avant l’octroi de l’avantage, que ce soit sur Idahe 2 ou EPS, ce dernier ne pouvant être mis en œuvre avant ce délai.

Si les avantages consentis sont supérieurs aux seuils, une demande d’autorisation doit être faite a minima deux mois avant la mise en œuvre. A l’issu de ces deux mois, l’autorité compétente émettra une décision contraignante, et non plus un avis.

En résumé :



Peu de nouveautés ont été publiées depuis la mise en place du nouveau dispositif le 1er octobre 2020, cependant au quotidien la mise en pratique soulève de manière notoire un grand nombre de questions d’interprétation. Sachez qu’ATESSIA peut vous accompagner dans la mise en place et l’adaptation de vos processus pour vous conformer à ce dispositif.


Article rédigé par Floriane LUCY, Consultante Affaires Réglementaires & Pharmaceutiques


[1]Suite à la publication de l’Ordonnance n°2017-49 du 19 janvier 2017 relative aux avantages offerts par les personnes fabriquant ou commercialisant des produits ou prestations de santé et ses différents textes d’application entrés en vigueur le 1er octobre 2020