Environmental Risk Assessment (ERA) : entre exigences réglementaires, évolutions européennes et choix à justifier
L’Environmental Risk Assessment (ERA) occupe une place croissante dans les stratégies réglementaires des laboratoires pharmaceutiques. Longtemps perçue comme une exigence documentaire associée aux demandes d’autorisation de mise sur le marché (AMM), elle s’inscrit aujourd’hui dans un contexte réglementaire et environnemental en pleine évolution.
La révision du paquet pharmaceutique européen (NPL) et l’attention croissante portée à des enjeux tels que les substances persistantes, les perturbateurs endocriniens ou encore les résistances antimicrobiennes contribuent à renforcer la visibilité de ces sujets. Pour les équipes Affaires Réglementaires, Développement Pharmaceutique et Pharmacovigilance, l’ERA devient progressivement un enjeu de cycle de vie nécessitant anticipation, justification scientifique et vision stratégique.
Une évaluation environnementale devenue incontournable
La présence de substances pharmaceutiques dans l’environnement est devenue un sujet de plus en plus surveillé. Les impacts environnementaux potentiels d’un médicament peuvent être considérés à différentes étapes de son cycle de vie, depuis sa fabrication jusqu’à son utilisation et sa fin de vie.
Dans le cadre réglementaire actuel applicable aux médicaments à usage humain, l’Environmental Risk Assessment vise principalement à évaluer les risques liés à l’exposition de l’environnement aux substances actives après leur administration aux patients. Cette approche repose notamment sur l’évaluation de l’exposition environnementale, du devenir des substances dans l’environnement (environmental fate) et de leurs effets écotoxicologiques potentiels.
L’ERA fait aujourd’hui partie intégrante du développement de nombreux médicaments et constitue un élément important du dossier d’AMM. Pourtant, sa réalisation soulève souvent des questions qui dépassent la simple conformité réglementaire : quelles données utiliser ? Quelle méthodologie privilégier ? Comment justifier certaines hypothèses ? Comment anticiper l’évolution des attentes des autorités ?
Des attentes réglementaires qui évoluent progressivement
L’EMA a révisé en 2024 ses lignes directrices encadrant la réalisation des ERA pour les médicaments à usage humain. Si les principes généraux sont aujourd’hui bien établis, les discussions réglementaires européennes témoignent d’une volonté de renforcer progressivement la prise en compte des impacts environnementaux.
Cette évolution se traduit notamment par une attention croissante portée :
- aux substances PBT (Persistent, Bioaccumulative and Toxic) et vPvB (very Persistent and very Bioaccumulative) ;
- aux substances PMT (Persistent, Mobile and Toxic) et vPvM (very Persistent and very Mobile) ;
- aux perturbateurs endocriniens ;
- aux mesures d’atténuation des risques environnementaux ;
- aux approches fondées sur le risque (risk-based approach) ;
- à la prise en compte des données tout au long du cycle de vie du médicament.
Pour les laboratoires, la difficulté n’est pas seulement de comprendre ce qui est attendu aujourd’hui, mais également d’anticiper la manière dont ces attentes pourraient évoluer dans les années à venir. En effet, le paquet pharmaceutique européen (NPL) élargit l’évaluation à l’ensemble du cycle de vie [pour les antibiotiques ?] et instaure un programme d’évaluation des molécules anciennes enregistrées avant 2005. En contrepartie, les données disponibles devraient être plus accessibles via le développement de monographies ERA.
Entre données disponibles, justification scientifique et contraintes opérationnelles
L’un des principaux défis rencontrés par les équipes réglementaires concerne la disponibilité et la robustesse des données environnementales.
Dans certains projets, les données nécessaires sont déjà disponibles. Dans d’autres, des lacunes apparaissent, soulevant des questions stratégiques :
- Faut-il générer de nouvelles données ?
- Les données bibliographiques sont-elles suffisantes ?
- Jusqu’où approfondir certaines investigations ?
- Comment gérer des données parfois anciennes face à des attentes qui évoluent ?
Ces choix peuvent avoir un impact sur les délais de développement, les ressources mobilisées et la stratégie réglementaire du produit.
Par ailleurs, les autorités n’attendent pas uniquement des résultats. Elles attendent également une justification claire de la démarche retenue. Pourquoi certaines hypothèses ont-elles été utilisées ? Pourquoi certaines études ont-elles été jugées pertinentes ? Les données disponibles permettent-elles réellement de soutenir les conclusions présentées ?
Un cas particulier : les antimicrobiens
Les antimicrobiens occupent une place particulière dans les réflexions actuelles autour de l’ERA.
La question de la résistance antimicrobienne dans l’environnement conduit à adopter une vision plus large des risques potentiels, intégrant non seulement l’utilisation du médicament, mais également certains aspects liés à sa fabrication, à sa chaîne d’approvisionnement et à son élimination.
Là où Atessia peut vous accompagner
Face à une réglementation en évolution et à des attentes parfois difficiles à interpréter, les laboratoires ont souvent besoin de prendre du recul afin d’identifier les enjeux réellement prioritaires pour leurs produits.
Atessia peut accompagner les équipes dans :
- l’analyse du cadre réglementaire applicable ;
- la revue critique des ERA existantes ;
- l’identification des données manquantes ou des points de vigilance ;
- l’évaluation des impacts d’une évolution réglementaire ou d’un changement produit ;
- la préparation des justifications scientifiques et réglementaires ;
- la sécurisation de la cohérence globale des dossiers.
Article rédigé par Lamya Saoussen , Consultante Junior en Affaires Réglementaires et Communications Externes

